Il est temps de passer d'une attitude réactive à un renforcement de la résilience
Par Kate Lindsay, vice-présidente principale et directrice du développement durable, L'Association des produits forestiers du Canada
Les saisons des feux de forêt au Canada ne constituent plus des chocs ponctuels. Elles sont désormais un phénomène systémique et leur coût ne cesse d’augmenter d’année en année. Des experts de premier plan dans le domaine des feux de forêt, qui sont en train de transformer notre façon d’appréhender la science des feux de forêt, la gestion autochtone , la gestion forestière et la préparation aux situations d’urgence, ont clairement mis en évidence cette nouvelle réalité lors d’un récent webinaire sur les politiques organisé par la FPAC.
Ce qui est ressorti de cet événement, c'est le large consensus autour d'une vérité fondamentale : le Canada dispose déjà de solides systèmes provinciaux de lutte contre les feux de forêt. Le rôle du gouvernement fédéral n'est pas de les reproduire, mais de leur permettre de fonctionner mieux, plus rapidement et à grande échelle.
Cinq enseignements clés tirés de cet événement mènent à une conclusion claire : les politiques doivent passer d'une simple réaction aux catastrophes liées aux feux de forêt à la mise en place d'une résilience à long terme face à ces incendies.
1. Les feux de forêt constituent un enjeu national en matière de résilience.
Les feux de forêt ne sont plus un problème saisonnier ou environnemental.
Les provinces, les territoires et autochtone sont, à juste titre, les principaux acteurs de la gestion des feux de forêt sur le terrain ; cependant, les conséquences des feux de grande ampleur dépassent largement ce que les provinces et les collectivités peuvent raisonnablement gérer à elles seules. La fumée affecte les systèmes de santé nationaux, les incendies perturbent les chaînes d'approvisionnement interprovinciales et les infrastructures essentielles, et les répercussions économiques et sur le plan des assurances se font sentir dans tout le pays.
La résilience face aux feux de forêt relève donc clairement de l'intérêt fédéral : les choix politiques fédéraux en matière d'infrastructures, de santé, de logement, d'adaptation au changement climatique et de préparation aux situations d'urgence ont une incidence directe sur l'évolution des feux de forêt. Il est essentiel d'adopter une perspective nationale de résilience climatique dans tous les cadres politiques fédéraux, même lorsque la mise en œuvre reste du ressort des autorités régionales et locales.
2. Les stratégies axées en priorité sur la lutte contre les incendies sont à l'origine du risque actuel d'incendies de forêt
Le problème actuel des feux de forêt au Canada n’est pas simplement le résultat du changement climatique. Des décennies de politiques axées en priorité sur la lutte (c’est-à-dire visant à éteindre tous les feux de forêt) ont contribué à la présence actuelle de paysages riches en combustible et à la gravité des incendies. Pour changer cette réalité, il faut une gestion forestière active et stratégique, un traitement ciblé des combustibles et des décisions éclairées en matière d’aménagement du territoire que seules les provinces, les territoires, autochtone , les agences fédérales (par exemple, Parcs Canada) et les autorités locales peuvent mettre en œuvre. La lutte contre les feux restera une approche importante, mais l’objectif à long terme est de rééquilibrer le financement et les capacités en faveur d’une atténuation et d’une prévention proactives impliquant l’ensemble de la société.
Le rôle du gouvernement fédéral consiste à créer les conditions propices : lever les obstacles politiques, harmoniser les mesures incitatives et soutenir la transition d’une approche de répression vers une approche de réduction des risques, sans pour autant porter atteinte à l’autorité des provinces. Lorsque la politique fédérale entre en conflit avec les systèmes provinciaux ou les complique, elle ralentit les progrès au lieu de les accélérer.
3. La prévention et l'atténuation génèrent des retombées économiques importantes, mais seulement si elles sont mises en œuvre à grande échelle.
Les arguments économiques sont clairs : la prévention et l'atténuation des risques permettent de réaliser des économies bien supérieures à leur coût. Les mesures « Fire Smart », la réduction des combustibles à l'échelle du paysage et la planification fondée sur les risques contribuent toutes à réduire les pertes et à améliorer la sécurité. Mais ces mesures nécessitent une continuité, ce que ne peuvent garantir des financements à court terme ou ponctuels.
Dans ce domaine, le rôle du gouvernement fédéral est clair et déterminant : il s'agit de mettre en place des cadres de financement stables et pluriannuels pour la prévention et l'atténuation des feux de forêt, qui viennent soutenir et renforcer les systèmes autochtone les provinces, les territoires et autochtone , plutôt que de les contourner. Des investissements fédéraux prévisibles permettent aux provinces de renforcer leurs effectifs, de maintenir les mesures de prévention dans la durée et de passer de projets pilotes à une mise en œuvre à grande échelle. Les données montrent systématiquement que chaque dollar investi dans l'atténuation des feux de forêt permet d'économiser plusieurs dollars en interventions et en efforts de reconstruction.
4. La gestion autochtone est essentielle à une gestion efficace des feux de forêt.
La gestion autochtone est essentielle à la résilience à long terme face aux feux de forêt. autochtone et les praticiens autochtone sont les mieux placés pour concevoir et mettre en œuvre ces initiatives, en s'appuyant sur leurs connaissances du territoire et leurs pratiques culturelles.
Le rôle du gouvernement fédéral est essentiel pour s'attaquer aux obstacles transversaux — responsabilité civile, assurance, continuité de la main-d'œuvre et financement durable — que autochtone ne peuvent surmonter seules. Le rôle du gouvernement fédéral consiste à soutenir autochtone , et non à le dicter, ainsi qu'à veiller à ce que la gestion autochtone soit considérée comme un élément central de l'adaptation au changement climatique et de l'infrastructure de sécurité publique.
5. Le Canada dispose des outils nécessaires pour agir ; le problème réside dans leur mise en œuvre.
Le Canada dispose déjà de données de classe mondiale, de modèles prédictifs des incendies, de cartes des risques liés aux combustibles et de capacités de recherche. Les provinces et les professionnels savent de mieux en mieux où et comment intervenir. Ce qui freine la mise en œuvre, c'est le manque de coordination entre les politiques des différents ministères et programmes fédéraux.
Les autorités fédérales peuvent combler cette lacune en privilégiant la coordination plutôt que le contrôle : en harmonisant les codes nationaux du bâtiment pour favoriser des constructions résistantes aux feux de forêt, en garantissant des systèmes de données ouverts et interopérables, en soutenant la recherche appliquée axée sur la mise en œuvre, et en élaborant des politiques qui renforcent — et non qui compliquent — les initiatives autochtone provinciaux, territoriaux et autochtone .
De la duplication à la mise en œuvre
La question qui se pose au Canada n'est plus de savoir si la société dispose des données scientifiques et des connaissances nécessaires pour comprendre les risques liés aux feux de forêt. C'est le cas. La question est de savoir si la politique fédérale permettra systématiquement à ceux qui sont les plus proches du terrain d'agir à l'échelle et à la vitesse que les risques liés aux feux de forêt exigent aujourd'hui.
Le risque d’incendie de forêt dépend de la manière dont nous gérons les forêts, des endroits où nous construisons et des investissements que nous réalisons avant que la catastrophe ne frappe. Les provinces, les territoires et autochtone doivent prendre la tête de la mise en œuvre. Le rôle du gouvernement fédéral est de soutenir ce leadership, grâce à un financement stable et pluriannuel, à des cadres politiques favorables et à une coordination nationale qui apporte une valeur ajoutée, et non des frictions.
C'est pourquoi la FPAC demande au gouvernement fédéral de faire de la prévention et de l'atténuation des feux de forêt un pilier central de la stratégie canadienne d'adaptation au changement climatique et de sécurité publique, en mettant clairement l'accent sur le soutien aux provinces, aux territoires et autochtone grâce à un financement à long terme, à une harmonisation des politiques favorables et à la suppression des obstacles à une gestion forestière proactive et au traitement des combustibles mené par les communautés.
Le coût de l'inaction augmente chaque année. Le coût de la prévention, quant à lui, est connu — et bien moindre. Le choix du Canada devrait être clair.
À voir :
• Webinaire sur les politiques : Risques partagés, solutions partagées : l'avenir des feux de forêt
Lire :
• Nous cultivons pour bâtir le Canada : Plan d'action pour le secteur forestier
À propos de l’APFC
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Le secteur canadien des produits forestiers est l’un des plus importants employeurs du pays : il génère près de 200 000 emplois directs et est présent dans des centaines de collectivités à travers le pays. Nos membres s’engagent à collaborer avec les dirigeants autochtones, les organismes gouvernementaux et d’autres intervenants clés afin d’élaborer un plan d’action pancanadien visant à améliorer la santé des forêts, tout en soutenant les travailleurs, les collectivités et notre environnement à long terme.











