Être Canadien : voir la forêt

Derek Nighbor
  |  
24 juillet 2025

Cet article a été initialement publié dans Policy Magazine : Être Canadien : voir la forêt - Policy Magazine

Quel symbole de « l'identité canadienne » est plus fort que la feuille d'érable rouge sur notre drapeau ? Sa signification profondément enracinée est directement liée à la beauté naturelle de ce pays, aux forêts qui nous entourent et aux valeurs que ces forêts représentent pour des générations de Canadiens.

La feuille d'érable est associée au Canada depuis des siècles. Elle trouve son origine chez autochtone qui dépendaient de l'érable pour se nourrir et le considéraient comme un symbole de la richesse et de l'importance spirituelle de la terre. Au fil du temps, la feuille d'érable est devenue l'emblème de l'unité, de la résilience, de la souveraineté et de la liberté du Canada.

Cette feuille d'érable rouge est devenue le symbole des valeurs canadiennes telles que la fierté, la loyauté, le courage et la paix. Elle est reconnue dans le monde entier comme représentant à la fois la nature canadienne et la nature des Canadiens, et nous sommes nombreux à l'arborer fièrement lorsque nous voyageons à l'étranger.

Le Canada compte près de 347 millions d'hectares de forêts, soit environ 9 % des forêts mondiales. Alors que je traverse cette semaine la forêt boréale nordique pour rendre visite aux employés des scieries et des forêts ainsi qu'aux dirigeants des communautés locales, je me rappelle l'immensité de nos forêts, les 200 000 emplois directs et les familles qui en dépendent, et à quel point la résilience de ces travailleurs fait partie à la fois d'une histoire en constante évolution et de mon identité en tant que Canadien.

Près de 40 % du territoire canadien est couvert d'arbres, ce qui fait des forêts non seulement une caractéristique importante de notre géographie, mais aussi un élément déterminant de l'identité canadienne. Depuis des générations, le secteur forestier est le pilier de notre économie, de notre identité culturelle et de notre relation évolutive avec la terre.

Les forêts sont les réservoirs de notre patrimoine et de notre culture. autochtone reconnaissent depuis des millénaires les nombreuses valeurs des forêts, qu'ils considèrent comme des sources de subsistance, d'abri, de médecine et de renouveau spirituel. Pour eux, comme pour nous aujourd'hui, les forêts sont des archives vivantes, des témoignages de résilience et d'adaptation.

Depuis les débuts de notre nation, les Canadiens puisent leur inspiration dans les forêts. De la tranquillité d'un bosquet paisible à l'attrait de la nature sauvage canadienne, les écrivains, poètes, artistes, conteurs, musiciens et aventuriers ont tous utilisé la forêt comme cadre d'exploration, métaphore de la lutte et de la résilience, et lieu de pause et de réflexion.

Les forêts canadiennes font partie intégrante de notre mythologie culturelle, depuis Menaud, maître draveur, en passant par le rouleau de bouleau wiigwaasabak Anishinaabe, ou «Arbre de vie », jusqu'à Up in the Tree, le livre pour enfants de Margaret Atwood — qui a passé une grande partie de son enfance dans les forêts du nord du Québec — et le court métrage classique de l'Office national du film, La Valse des bûcherons.

Notre lien avec nos forêts a également influencé notre rôle dans le monde au-delà du commerce et des symboles. Le Canada est largement considéré comme un pays qui exerce une influence sur la scène mondiale supérieure à ce que sa population et ses dépenses militaires pourraient laisser croire. Il n'est donc pas surprenant que la foresterie canadienne ait joué un rôle important pendant la Première et la Seconde Guerre mondiale.

Pendant la Première Guerre mondiale, environ 24 000 hommes ont servi au sein du Corps forestier canadien dans diverses régions d'Europe afin de travailler à la transformation du bois destiné à la construction de casernes, de routes, de tranchées, de caisses de munitions, de cercueils et d'autres fournitures. Lorsqu'on a demandé à 500 de ces hommes de rejoindre l'infanterie, les archives montrent que près de 1 300 se sont portés volontaires. Au moment où l'offensive a été interrompue, la plupart des membres du Corps avaient servi d'une manière ou d'une autre sur le front.

En 1940, le Corps forestier canadien a été rétabli en réponse au début de la Seconde Guerre mondiale afin de jouer le même rôle. Une fois de plus, des milliers de volontaires se sont présentés, dont beaucoup étaient des anciens combattants de la Première Guerre mondiale. Trente compagnies ont été constituées dans toutes les régions du Canada, composées d'hommes qui ont volontairement quitté les contrées rurales du Canada pour se rendre sur les lignes de front.

L'héritage de nos forêts et des personnes qui les gèrent symbolise la persévérance, la croissance, le renouveau et le potentiel infini de coexistence entre les humains et la nature. Cependant, la place qu'occupent les forêts dans notre psyché collective n'est pas seulement le fruit de la nostalgie ou du romantisme. Il s'agit d'une réalité vivante et d'une préoccupation urgente pour notre avenir.

J'ai grandi à Pembroke, en Ontario, où notre équipe de hockey junior s'appelle toujours les Lumber Kings. Mon grand-père et mon père étaient tous deux opérateurs de machines dans l'industrie papetière. C'est dans cette même usine de fabrication de boîtes en carton ondulé que mon frère a passé les dix premières années de sa carrière. C'est là que j'ai travaillé pendant l'été pour payer mes études universitaires et que j'ai perfectionné mes talents de négociateur en trouvant des personnes disposées à échanger leurs quarts de travail avec moi afin que je puisse travailler de nuit (pour bénéficier de la prime de 60 cents de l'heure et avoir un peu plus de liberté le vendredi).

Il n'y avait pas que le travail. De nombreuses activités sociales locales étaient organisées autour de l'usine et des installations de fabrication voisines. Le tournoi annuel de curling industriel communautaire au Pembroke Curling Club était toujours très apprécié : repartir avec quelques steaks signifiait que vous aviez passé une bonne journée sur la glace.

Les leçons tirées de la vie dans une communauté où les avantages d'une gestion forestière active étaient clairement compris et où l'on savait qu'un emploi dans le secteur forestier était bien rémunéré et permettait de subvenir aux besoins d'une famille m'ont accompagné tout au long de ma vie.

Ayant visité de nombreuses communautés nordiques et rurales au cours de ma vie, et encore plus au cours des près de dix années où j'ai dirigé L'Association des produits forestiers du Canada, je me rappelle à quel point la foresterie continue d'être le pilier de centaines de villes et de petites agglomérations à travers le pays.

Au moment où j'écris ces lignes, je me trouve à Chetwynd, en Colombie-Britannique. Une communauté de 2 500 habitants située dans les contreforts orientaux des Rocheuses canadiennes, à plus de 1 000 kilomètres au nord de Vancouver. L'usine de la ville emploie des centaines de personnes, avec plus de 17 millions de dollars de salaires annuels et plus de 30 millions de dollars supplémentaires qui profitent aux entrepreneurs et aux services locaux. L'après-midi passé avec les employés ici m'a confirmé à quel point ces emplois sont essentiels à la prospérité et au potentiel des personnes et des familles qui ont élu domicile dans ce magnifique endroit. Le travail accompli par l'équipe forestière de l'usine permet de renouveler les forêts de la région, de soutenir les écosystèmes forestiers et la faune, et de protéger cette partie du nord-est de la Colombie-Britannique contre les risques d'incendie.

Alors que nous subissons une nouvelle saison de feux de forêt dévastateurs à travers le Canada, les discussions s'intensifient au niveau communautaire pour envisager une gestion plus active des forêts comme solution — afin de réduire la charge combustible par un éclaircissement plus actif, des brûlages dirigés et la création de pare-feu autour des communautés pour protéger les Canadiens et les infrastructures essentielles.

Aujourd'hui, alors que la résilience des forêts canadiennes et de nos communautés forestières est mise à rude épreuve non seulement par les incendies de forêt, mais aussi par les tensions géopolitiques et les vents contraires commerciaux, je pose la question suivante : comment pouvons-nous approfondir notre réflexion pour trouver des réponses locales qui nous permettent de rester canadiens, tant sur le plan économique et politique que dans nos cœurs ?

La pandémie nous a enseigné de précieuses leçons sur l'importance de l'autonomie et la nécessité de faire davantage ici, chez nous, en utilisant nos ressources canadiennes.

L'engagement du gouvernement fédéral à améliorer la compétitivité mondiale de l'industrie canadienne, l'appel à utiliser davantage de bois canadien dans la construction de logements nationaux et les marchés publics, ainsi que l'importance de diversifier les produits et les marchés, constituent autant d'opportunités urgentes à saisir alors que nous réfléchissons au rôle que nos forêts et les communautés qui en dépendent peuvent jouer dans les décennies à venir.

Tout comme nous avons redécouvert notre nationalisme et notre fierté en tant que pays, il est temps de libérer le potentiel de nos forêts afin d'en tirer encore plus pour non seulement les régions rurales et nordiques du Canada, mais aussi pour l'ensemble du pays.

Dans un monde où les ressources naturelles exportables du Canada sont confrontées à une incertitude évitable, les forêts canadiennes constituent notre ressource renouvelable la plus durable. La bioéconomie forestière canadienne, qui comprend le bois d'œuvre, le bois d'ingénierie, le bois massif, la pâte à papier, le papier, la bioénergie et d'autres biomatériaux, repose (pardonnez le jeu de mots) sur la valorisation de chaque partie de l'arbre abattu. Les forêts canadiennes ne se contentent pas de préserver nos arbres, notre faune et notre eau potable, elles constituent également une richesse qui peut permettre de fournir rapidement des logements abordables dont nous avons cruellement besoin, qu'il s'agisse de constructions modulaires, de lotissements en banlieue ou de terrains intercalaires, de nouveaux complexes pour personnes âgées ou de nouveaux logements dans les bases militaires.

La bioéconomie forestière canadienne se distingue par son utilisation efficace des ressources, ses applications révolutionnaires dans les domaines des matériaux et de l'énergie, son adhésion à la circularité économique, l'importance accordée autochtone et ses avantages environnementaux mesurables. Tous ces éléments indiquent une économie plus verte et plus diversifiée, qui revêt une importance mondiale pour aujourd'hui et pour demain.

Pour moi, être Canadien signifie avoir une relation privilégiée avec la nature, en particulier avec nos arbres et nos forêts. Ce lien puissant a façonné mes valeurs, mon sentiment d'appartenance, ma fierté envers ce secteur de notre économie et mon espoir en l'avenir.

Pour plus d’information :
Rebecca Rogers
Directrice, Communications
rrogers@fpac.ca
(613) 563-4518

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