Cet article a été initialement publié dans The Hub : https://thehub.ca/2025/09/19/derek-nighbor-from-decline-to-growth-getting-canadian-forestrys-swagger-back/
Les communautés canadiennes qui dépendent des forêts se trouvent à un tournant décisif. La demande mondiale croissante offre l'occasion d'exporter davantage de produits du bois canadiens à l'échelle internationale, tout en créant des emplois, en construisant davantage de maisons et en réduisant les risques d'incendie ici même, au pays. Cependant, alors que l'économie canadienne est confrontée à des bouleversements importants et doit se transformer, l'industrie et ses 200 000 employés ne peuvent y parvenir seuls.
Le contexte commercial actuel est instable. L'augmentation des droits de douane sur les exportations de bois d'œuvre résineux vers les États-Unis et l'incertitude commerciale qui en découle menacent la capacité de l'industrie forestière canadienne à produire à grande échelle. Des milliers d'emplois sont menacés alors que les négociations commerciales se poursuivent.
Le total combiné des droits antidumping et compensateurs sur le bois d'œuvre canadien dépasse désormais 35 %. L'enquête éventuelle du président Trump au titre de l'article 232 sur la « sécurité nationale » concernant les exportations mondiales de bois pourrait entraîner davantage d'incertitude et une hausse des droits de douane, ce qui pourrait affecter d'autres segments de la chaîne de valeur des produits forestiers.
Malgré les récents défis liés au marché et au commerce, la foresterie est une bouée de sauvetage pour des centaines de communautés canadiennes, fournissant plus de 200 000 emplois directs, près de 200 000 emplois indirects supplémentaires et générant 87 milliards de dollars en activité économique annuelle.
Notre priorité absolue est d'obtenir le meilleur résultat possible à la table des négociations entre le Canada et les États-Unis. Les exportations demeurent le fondement du secteur et le moyen de subsistance des collectivités qui dépendent de la forêt. Parallèlement, nous avons besoin que le gouvernement fédéral se concentre sur les leviers politiques que nous pouvons contrôler.
Le gouvernement canadien peut agir dès maintenant en mettant en œuvre trois priorités : construire des maisons canadiennes avec des produits forestiers canadiens, faciliter le commerce grâce au développement des infrastructures et retrouver la compétitivité grâce à une réglementation plus intelligente.
Construire des maisons canadiennes avec du bois canadien
Le Canada est confronté à une crise du logement qui nécessite des solutions rapides, évolutives et durables. Le programme Build Canada Homes offre une occasion unique de mettre en relation la demande de logements avec l'approvisionnement en bois du Canada et les méthodes de construction modernes à base de bois, afin de fournir à grande échelle des logements plus rapides, plus abordables et à plus faible émission de carbone.
La reconnaissance des produits et des approches de construction résidentielle à base de bois dans le cadre du programme Build Canada Homes stimule la demande prévisible de produits forestiers canadiens en tirant parti des exigences fédérales en matière d'approvisionnement et des accords fédéraux d'achat. La combinaison de garanties de prêt, de financements concessionnels et de paiements échelonnés réformés permettrait de réduire les risques liés à la livraison et d'attirer des capitaux dans le secteur.
De plus, un système national d'homologation simplifié et une bibliothèque de modèles préapprouvés permettraient de réduire immédiatement les délais d'obtention des permis et de conception. Grâce à des achats en gros trimestriels soutenus et stabilisés, les centres régionaux pourraient raccourcir les délais de production pour les consommateurs, tout en rendant l'évolutivité prévisible pour les producteurs.
Une croissance axée sur les politiques est possible : l'élargissement des codes du bâtiment à l'échelle nationale afin d'autoriser l'utilisation du bois pour des constructions pouvant atteindre 18 étages et l'incitation à l'utilisation massive du bois pourraient doubler la demande en bois de construction au Canada au cours de la prochaine décennie. La désignation du bois national comme matériau stratégique dans les recommandations du programme Build Canada Homes donne la priorité aux produits forestiers fabriqués au Canada dans les projets de logement fédéraux afin de réduire les émissions, d'accélérer les délais de construction et de soutenir la création d'emplois dans les régions rurales et nordiques.
Développer le commerce grâce aux infrastructures
La compétitivité du secteur canadien des produits forestiers dépend d'un système de transport robuste. Des chaînes d'approvisionnement efficaces, fiables et rentables – des camions aux chemins de fer en passant par les ports – sont essentielles pour acheminer les produits vers les marchés nationaux et internationaux.
Les cinq dernières années ont mis en évidence la fragilité des réseaux de transport de marchandises du Canada : les goulots d'étranglement, la pénurie de main-d'œuvre, les investissements limités, les chocs climatiques et les fréquentes perturbations du travail nuisent de plus en plus à la réputation de notre pays en tant que partenaire commercial et destination d'investissement fiable. Une action stratégique du gouvernement fédéral est nécessaire pour renforcer cette épine dorsale de l'industrie.
Des dizaines d'arrêts de travail majeurs dans les chemins de fer et les ports ont perturbé les chaînes d'approvisionnement du Canada au cours de 14 des 15 dernières années. Les expéditeurs sont de plus en plus impuissants à contester la fiabilité du service ferroviaire et l'augmentation des tarifs en raison d'un manque de concurrence sur le marché et d'une surveillance insuffisante.
Selon la Banque mondiale, les principaux ports maritimes de la vallée du Bas-Fraser, en Colombie-Britannique, et de Montréal comptent parmi les moins performants au monde. La sous-performance de nos infrastructures commerciales nuit à la compétitivité du Canada et donne un avantage aux autres pays.
En renforçant la concurrence et la responsabilisation entre les transporteurs et en augmentant les investissements dans les corridors commerciaux, le Canada peut améliorer considérablement le rendement de la chaîne d'approvisionnement pour tous les secteurs économiques.
Améliorer la compétitivité grâce à une réglementation plus intelligente
Au Canada, plus de 90 % des activités forestières se déroulent sur des terres gérées par les provinces. La planification de la gestion forestière au niveau provincial implique une prise en compte rigoureuse des valeurs écosystémiques, des consultationsautochtone autochtone autochtone , et la recherche d'un équilibre entre les besoins locaux et les avantages économiques, sociaux et environnementaux.
Au cours des dernières années, le gouvernement fédéral a superposé plusieurs réglementations et est fréquemment intervenu dans les plans de gestion forestière approuvés par les provinces. Cela a freiné les investissements stratégiques et a nui à la productivité et à la compétitivité, poussant davantage d'investissements vers le sud de la frontière.
Les répercussions négatives de l'augmentation des coûts, du double emploi réglementaire et des retards, qui s'ajoutent aux défis du marché, ont été immenses. De 2013 à 2023, 49 usines ont fermé leurs portes au Canada et près de 10 000 emplois ont été perdus, principalement dans les petites collectivités du Nord. Cela n'aurait pas dû se passer ainsi.
Le Canada doit faire tout ce qui est en son pouvoir pour se renforcer. Pour contrôler ce qui peut l'être. Cela commence par l'adoption d'un cadre réglementaire axé sur les résultats qui préserve la réputation de confiance du Canada auprès de ses clients internationaux.
Le mandat du cabinet du premier ministre Carney préconise une gouvernance innovante afin de stimuler la productivité, réduire les barrières commerciales et attirer les investissements privés. Le gouvernement fédéral peut y parvenir en reconnaissant les normes provinciales qui correspondent ou dépassent les normes fédérales, en utilisant un modèle de soutien qui rationalise l'intervention fédérale, en créant un cadre réglementaire unifié pour simplifier les rapports et en développant un processus autochtone conjoint autochtone pour une coordination plus claire.
Il ne s'agit pas ici de déréglementation, mais plutôt d'une réglementation plus intelligente, d'une nouvelle approche qui tire parti des systèmes provinciaux, réduit les chevauchements, met l'accent sur les résultats et fera du Canada une destination de choix pour les investissements stratégiques dans les infrastructures et les ressources humaines.
Tirer parti de la foresterie en tant que secteur stratégique
Il reste essentiel pour le succès du secteur de garantir la normalisation des échanges commerciaux avec les États-Unis. De plus, le positionnement de la foresterie canadienne comme secteur stratégique est un signal important envoyé par le gouvernement fédéral à une industrie et à une main-d'œuvre qui ont été négligées ces dernières années. C'est la première étape vers une stratégie industrielle claire qui maximisera les opportunités sur les marchés nationaux et internationaux.
Alors que d'autres pays forestiers comme le Brésil, la Finlande, la Suède et les États-Unis ont, ces dernières années, mis l'accent sur les investissements dans le secteur forestier et amélioré leur compétitivité, le Canada a pris du retard.
Malgré les vents contraires et l'incertitude qui règnent, l'industrie forestière canadienne voit une voie vers la transformation et la croissance. Cette voie doit s'ancrer dans un nouveau partenariat avec le gouvernement fédéral, un partenariat qui stabilise le secteur, crée une plus grande certitude et prévisibilité dans la réglementation, et nous permet d'offrir au Canada et au monde entier des produits du bois plus innovants, issus de sources durables et fabriqués au Canada.











